Nirvana « In Utero » 30th Anniversary Edition (c) Anton Corbijn
Depuis 31 ans, on commémore la disparition de Kurt Cobain le 5 avril, date estimée de sa mort. Pour moi, ça reste le 8 avril. Je m’explique.
TRIBUTE
Le 27 mars 2025, je me rend au Zénith de Paris pour voir… Nirvana UK, « the premier Nirvana tribute band ». Un groupe de reprises de Nirvana au Zénith? Même nom (avec les lettres UK au bout), même typo et même logo avec le smiley. Il y a tout juste un an, des affiches 4×3 recouvraient les quais du métro pour annoncer les trois dates françaises de cette tournée des Zéniths (Paris, Nantes et Amiens), programmée par Ginger.fr. Une photo du trio en noir et blanc, avec au centre Jez, « sosie » de Kurt Cobain, blond, le regard fuyant, portant un t-shirt de Sonic Youth avec la pochette de « Goo ». Il joue avec deux autres fans, Dan Callaghan à la basse et Jon Davis à la batterie. Un pari assez fou, vu qu’à l’époque le Nirvana original remplissait justement des Zéniths.
PETIT ZÉNITH
Il y avait donc comme un air de déjà vu, mais pas la même ambiance. La première partie Intenable est sur scène quand on remonte la longue allée déserte qui mène au Zénith. Dans la salle réduite en « petite jauge », ce n’est guère plus engageant, avec les grands rideaux noirs masquant les derniers rangs, les bâches couvrant les gradins à gauche et à droite de la scène avancée au milieu de la fosse clairsemée. Il y a peut-être 1000 spectateurs, dont pas mal d’invités. Dommage, car le groupe s’en sort plutôt bien, surtout le chanteur. Une Cigale ou un Elysée-Montmartre auraient plus fait l’affaire, y compris pour le petit backdrop perdu au fond de cette grande scène.

EN FAMILLE
Le trio britannique démarre sur Aneurysm et enchaîne (façon Nirvana, avec pas mal de pauses) les hits (Smells Like Teen Spirit, All Apologies, Rape Me…) comme les morceaux les plus abrasifs (Love Buzz, Negative Creep) avec un certain mimétisme parfois déroutant. le matos est fidèle à celui du groupe de Seattle, mais Jez est droitier. Ils jouent même You Know You’re Right, un titre rare paru sur le best of en 2002, que Kurt Cobain n’a que très rarement joué en live. Le son est bon, la performance honnête. Il y a des ados aux premiers rangs. Des enfants avec un casque anti-bruit dans les gradins. La nostalgie s’empare des parents. Ce qui aurait été fou, c’est de reproduire le concert à l’identique, avec la même set-list et la même scénographie.
8 AVRIL 1994
Même son, même endroit. On se revoit avec 31 ans de moins en plein pogo dans la fosse du Zénith de Paris, ce lundi enneigé de Saint-Valentin, le 14 février 1994, avec les Buzzcocks en première partie. Deux semaines plus tard, la tournée « In Utero » s’arrêtait nette, Kurt Cobain entamant un voyage sans retour. Le 8 avril 1994, je vais à l’Elysée-Montmartre voir Soundgarden qui boucle sa tournée « Badmotorfinger ». Il n’y a pas grand monde pour TAD, un autre groupe de Seattle issu du label Sub Pop, qui ouvre pour eux un peu tôt, à 19h. Le concert de Soundgarden est juste génial, mais le rappel s’achève bizarrement, Ben Shepherd se prend la tête avec un agent de sécu et balance sa basse. C’est l’incompréhension.
SOUNDGARDEN
En 2012, je rencontre enfin Ben Shepherd et Chris Cornell à Paris pour parler de « King Animal », le nouvel album de Soundgarden qui s’est reformé depuis peu. C’est l’occasion de poser une dernière question sur ce qui s’est passé 18 ans plus tôt. Après avoir joué Like Suicide, le groupe s’était retiré dans les loges, pour le rappel. Le bassiste se souvient alors : « Quand on est sorti de scène, on s’est fait rappeler à l’ordre parce qu’on jouait trop fort. On nous a également dit de regagner notre loge juste après le rappel car on avait une annonce importante à nous faire. C’est là que Kurt Danielson, le bassiste de Tad nous a tout dit. On avait passé du bon temps sur scène, mais après ça, c’était étrange. On avait de la peine pour notre ami. Mais cette peine n’est pas restée privée très longtemps, puisqu’elle s’est vite étalée dans les journaux et les magazines. C’est étrange comme sensation de faire le tour du monde et de voir la peine de tes amis étalée dans la presse. C’était dur à vivre ». De retour à la maison, en allumant la radio, on a tous compris ce qui s’était passé. Les radios rock avaient bousculé leur programmation pour diffuser des live et des titres rares comme D-7, la reprise des Wipers. C’était le 8 avril 1994, jour de la découverte du corps par un électricien. Et même si l’autopsie a conclu que le chanteur s’était suicidé trois jours plus tôt, c’est le 8 que les vieux fans comme moi retiennent.
