27 May 2026
Home » SPARTA – « Dans le titre Porcelain, il y a une sorte d’analogie avec la vie ».
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La séparation brutale d’At The Drive-in en 2001 aura eu ça de bien : elle a donné naissance à deux excellentes formations: The Mars Volta, psychédélique et expérimental, avec Cedric Bixler Zavala (chant) et Omar Rodriguez-Lopez (guitare) et Sparta, rock alternatif et émo, avec les trois autres membres. Malgré un magnifique premier album, « Wiretap Scars » (2002), Sparta a eu plus de mal à convaincre. En 2004, Jim Ward (chant-guitare) et Tony Hajjar (batterie) nous parlaient de la suite, « Porcelain », un album plus affiné et affirmé. (interview réalisée le 8/10/2004 dans le tourbus de Sparta, avant leur concert au Trabendo, Paris, avec ASH).

W: On vous a vu l’an dernier en première partie de Queens of the Stone Age (deux soirs de suite à l’Elysée-Montmartre, paris). Quels ont été les moments forts de cette tournée ?
Jim Ward: A l’époque du premier album, on a tourné pendant dix-huit mois. On a eu la chance de jouer avec des groupes dont on est fans, et de les voir tous les soirs sur scène : Weezer, QOTSA, Pearl Jam, Jimmy Eat World… Les deux concerts avec QOTSA à Paris étaient de bons moments, surtout les fins de soirées ! On s’est retrouvé là en même temps que Metallica (qui a donné trois concerts dans des clubs en une journée, le 12 juin, à la Boule Noire, au Bataclan et au Trabendo) et Audioslave (qui jouait au Zénith)…
Tony Hajjar : C’était inoubliable. J’ai vu Metallica jouer dans le club où l’on joue ce soir (le Trabendo, 8 octobre 2004 avec Ash), j’étais comme un gosse.

Vous avez également croisé la route du Tribute to the Stooges, avant qu’ils ne retrouvent leur chanteur, Iggy Pop…
JW : Oui, c’était sur le festival Pukkelpop en Belgique en 2002. Pendant notre concert, j’ai dit quelques mots sur Mike Watt (basse). Sans lui, on ne serait peut-être pas là aujourd’hui, j’ai grandi avec ses groupes, les Minutemen et fIREHOSE. Quand je suis sorti de scène, il m’a proposé de chanter un titre avec eux. On a repris No Fun : mais en réalité c’était plutôt fun de jouer avec Mike Watt, J.Mascis, Ron et Scott Asheton… Je pourrai le raconter à mes enfants !

Pouvez-vous revenir sur les conditions dans lesquelles vous avez fondé Sparta ?
TH : C’est parti d’une idée de Paul (Hinojos) et moi. En avril 2001, après le split At the Drive-In, on voulait monter un nouveau groupe. Paul voulait arrêter la basse et se mettre à la guitare. Il a quitté El Paso (Texas) pour me rejoindre à Los Angeles, où je vis. On avait établi une liste de chanteurs potentiels et Jim était en première position. On a écrit quelques chansons et attaqué une pré-production avec Jerry Finn (Rancid, Pennywise, Blink-182). Il nous fallait un nouveau bassiste et Matt (Miller) nous a rejoint. Il a eu dix jours pour apprendre 16 chansons ! On a enregistré « Wiretap Scars » en janvier 2002. Après ça, on a beaucoup tourné et le second album a été plus facile à faire.

Sparta est né quelques mois à peine après le split de At the Drive-In. Le public a-t-il compris que c’était des groupes différent ?
JW : Tu peux leur expliquer que c’est différent, mais c’est surtout une question de temps. Avec ce nouvel album, on s’affirme un peu plus : voilà notre groupe, voilà ce que l’on fait maintenant. Les gens peuvent bien penser ce qu’ils veulent, laissons la musique parler d’elle-même, laissons l’album faire le travail.

Parlez-nous de ce second album, « Porcelain ».Certaines chansons auraient pu figurer sur le premier, d’autres pas.
TH : Cet album montre qu’une alchimie nous unit. On s’est isolé à Joshua Tree, en Californie, sur les conseils de Josh de QOTSA, car on n’arrivait pas à écrire à El Paso. On est resté cinq semaines là-bas, entre une petite maison et un petit studio. C’est un album complet, tout s’enchaîne bien du début à la fin. On ne s’est pas mis de limites, on s’est laissé aller : il y a des chansons de huit minutes (From Now To Never), d’autres très calmes, des chansons qu’on ne pensait pas être capables d’écrire.

Vous saviez où vous vouliez aller ?
JW: Rien n’était décidé à l’avance, si ce n’est le son. On ne met pas de costumes, on ne décide pas de ce que l’on doit être. C’est la musique qui nous guide. On a toujours fonctionné comme ça et il n’y a pas de raison que ça s’arrête. Pour nous, c’est une question d’honnêteté vis-à-vis de nous-mêmes et du public. Jouer ensemble est la plus belle chose au monde. On essaie juste de donner le meilleur de nous-mêmes.

Son titre trahit une certaine fragilité, est-ce le sentiment à retenir de « Porcelain » ?
JW : Le titre est une sorte d’analogie avec la vie. On a parfois l’impression d’être fort et que ça durera toujours. Mais en réalité, on est fragile. Il faut respecter la fragilité des choses et leur beauté, peu importe combien de temps elles durent.

Quelles sont vos relations avec vos anciens camarades d’At The Drive-in, Cedric et Omar, qui ont monté The Mars Volta?
JW : Rien n’a vraiment changé, c’est ouvert. Paul a été avec eux un moment (en 2005, il quittera Sparta pour rejoindre The Mars Volta en tant que guitariste additionnel et « bidouilleur de sons » à la console, remplaçant jeremy Ward, le cousin de Jim, mort d’une overdose à 27 ans, en 2003). Quand tu tournes tout le temps, tu ne vois pas trop tes amis. Et quand tout le monde tourne, c’est rare qu’on se retrouve au même moment au même endroit…

« Porcelain » (Geffen/Polydor/Universal)

AT THE DRIVE-IN RÉÉDITÉ
« Nous sommes propriétaires de nos bandes, en tant que membres d’At the Drive-In. Ce sont des disques très personnels, et nous veillons sur eux. Tout le monde était d’accord pour tout rééditer. Peut-être même qu’un jour on sortira un DVD. Mais ça fait partie de notre passé, alors on évite d’y accorder trop d’importance. Tu ne parles pas tout le temps de ton ex-petite amie! (rires). En tout cas, on est contents que ces disques ressortent enfin. »

UPDATE 2025

En 2005, Paul Hinojos quitte Sparta pour rejoindre… The Mars Volta ! Après la tournée du troisième album « Three » (2006), avec Keeley Davis à la guitare, Sparta fait une pause pour une durée indéterminée. Jim Ward se consacre alors à ses projets solo (Sleepercar…). En 2012, At The Drive-in se reforme pour une série de concerts, dont un passage au festival Coachella. En 2016, le groupe repart en tournée, mais sans Jim Ward cette fois, qui est remplacé par Keeley Davis. Grand bien lui en a pris, le concert de l’Olympia était vraiment mauvais. En 2017, Sparta annonce son retour avec un nouveau line-up, dont la crise du Covid-19 a eu raison. Devenu un duo, avec le fidèle Matt Miller à la basse, le groupe a publié deux autres albums passés inaperçus chez nous « Trust The River » (2020) et « Sparta » (2022) qui a été enregistré avec des membre de Thursday. En 2024, Sparta célèbrerait les 20 ans de son album « Porcelain » sur une tournée nord-américaine qui reprendra en avril/mai 2025.

 

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