27 May 2026
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deftones 2007 press
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On prend les mêmes et on recommence. Neuf ans après la tournée triomphale qui allait consacrer Deftones avec « Around the Fur » et Will Haven avec « El Diablo », les deux groupes amis de Sacramento étaient de retour en Europe. L’occasion était trop belle pour évoquer quelques souvenirs avec Chino Moreno (Deftones) et Jeff Irvin (Will Haven). Cette interview est parue dans Rock Sound en avril 2007.

Pouvez-vous nous dire où et quand vous vous êtes rencontrés ?

Chino: C’était à Sacramento, au début des années 90..

Jeff: J’ai d’abord rencontré un de ses meilleurs amis qui s’appelait Todd. Puis Chino, avec qui je faisais du skate. Et on est devenus bons amis.

C.: Le Todd dont on parle, c’est le guitariste de Team Sleep. Oui, Jeff avait un minibus, et on traînait dans les différents skate-park du coin.

J.: Un bus qui nous a bien servi à charger le matériel pour les concerts, d’ailleurs.

Vous rappelez-vous du premier concert de l’un et l’autre que vous avez vu ?

C.: Je connaissais Jeff bien avant Will Haven. Il jouait dans un groupe qui s’appelait Sock, et encore avant ça dans Flower. Moi aussi, j’ai joué dans ce groupe. On était tous potes, on voulait monter le groupe le plus heavy possible.

J.: Dans le groupe, il y avait Stephen Carpenter de Deftones, Shawn Lopez de Far, Chino et moi. On voulait se marrer et faire du bruit.

C.: Et tu jouais de la batterie à l’époque. Après ça, tu as joué dans Sock, avec à peu près les mêmes personnes. Et puis Will Haven est arrivé. Leur premier EP était tellement puissant que je les ai suppliés de jouer de la batterie ! Ça m’est arrivé de m’asseoir derrière les fûts sur quelques concerts, même si je suis vraiment nul à la batterie ! (rires)

C’est vrai que sur votre tournée commune en février 1998, sur la date de Lille, tu n’as pas résisté à accompagner Will Haven à la batterie sur un morceau…

C.: Vraiment ? Je ne me rappelais pas ça. Tu sais, on ne cherchait pas à être connus, juste à se marrer que ce soit ici ou chez nous, à Sacramento. En tout cas, il n’y a aucune chance de me voir jouer de la batterie ce soir. J’ai besoin de m’entraîner, et encore, j’arriverais tout juste à garder le rythme ! (rires)

 

Et voilà qu’on vous retrouve de nouveau réunis sur une même scène (à l’Olympia, Paris, le 22 mars 2007) quelque neuf ans plus tard. Quel souvenir gardez-vous de votre première tournée commune ?

J.: C’est vrai que c’est dingue ! On a peut-être fait le tour du monde, mais j’avoue que cette tournée avec Deftones reste mon meilleur souvenir. J’aime le groupe, et ce sont des amis. C’est agréable de tourner avec des potes, surtout quand tu es loin de chez toi.

C.: C’était l’un de nos premiers passages en Europe. On n’est venus que sur notre deuxième album, Around the Fur. Comme l’a dit Jeff, c’était bien de pouvoir tourner avec des amis. On formait une grande famille en tournée. On a appris à mieux se connaître aussi.

Le premier passage de Deftones en France, c’était le 14 octobre 1997, au Divan du Monde (Paris), avec Far en première partie. Jeff, il paraît que tu étais le guitar tech de Stephen sur cette tournée ?

J.: C’est exact, j’étais à la fois guitar tech et tour manager.

C.: Vraiment ? Je ne m’en souvenais pas du tout. Il était cool avec toi ? (rires)

J: Ouais, très cool. C’est marrant, parce qu’aujourd’hui encore on retrouve cet esprit de famille.

C.: Jeff et Shawn habitaient ensemble dans la banlieue de Sacramento. Moi, j’habitais avec Todd, Chi (Cheng, le bassiste de Deftones) et sa petite amie, quand j’avais 17 ans. Mais ils ont déménagé, et j’ai dû chercher un nouvel endroit pour vivre. J’ai terminé chez Jonah, Malcolm, et Chris, les gars de Far. On se connaît tous depuis un bail.

J.: J’ai vu les premiers concerts de Deftones dans des petits clubs du coin, à l’époque où Chino avait des dreadlocks ! J’ai toujours su que ce serait un grand groupe.

À part à vos débuts, vous n’avez jamais eu envie de refaire de la musique ensemble, de monter des projets parallèles ?

J: Non, c’est vrai qu’on n’a rien fait ensemble à part dans Flower, qui était plus un groupe avec lequel on jammait pour le fun. On a fait quelques chansons, mais rien de plus. Il faut dire que Chino est toujours très occupé, je ne l’ai pas vu depuis des mois. Il faut qu’on tourne ensemble pour se voir!

C.: Mike habitait à deux pas de chez moi, et j’allais souvent chez Jim en skate ou à vélo. Un jour, ils m’ont dit qu’ils allaient tourner une vidéo,je suis passé comme d’habitude, et voilà comment je me suis retrouvé dans le clip de Carpe Diem.

J: Inversement, Mike, Grady et moi on est dans la vidéo de Bored.

C.: Mais oui, c’est vrai !

Quel souvenir gardez-vous du tournage du clip de Bored qui a marqué toute une génération de fans ?

C.: C’est de loin la vidéo que j’ai préféré tourner. On avait envie de faire un clip, et on l’a tourné dans le local où on répétait. Il y avait trois studios de répète là-bas qui accueillaient un peu tous les groupes du coin. On a plein de souvenirs là-bas. On a ramené notre matériel, et on a invité tous nos potes. Je n’ai jamais eu l’impression de tourner un clip. On s’amusait, c’est tout. Quand je regarde ce clip aujourd’hui,il reste mon préféré, parce qu’on y voit des images authentiques de Deftones.

J.: J’en garde aussi un excellent souvenir. On est passé à leur local de répétition, il y avait toutes ces caméras, c’était une grosse production. Deftones venait tout juste de signer, ça nous impressionnait beaucoup !

Parlons un peu de vos influences communes, et notamment des vétérans de Bad Brains qui viennent de se reformer. Lors du premier passage de Deftones à Paris, au Divan du monde, le concert était terminé, les gens commençaient à sortir, et vous avez fait une reprise des Bad Brains en rappel (Right Brigade)…

C.: Je les ai vus plusieurs fois. On a même tourné avec eux avant la sortie d’« Adrenaline » (1995). On venait tout juste de signer notre contrat avec notre label (Maverick/ Warner), et Bad Brains, qui venait de se reformer, nous a pris sur sa tournée pendant quelques semaines. C’était une expérience assez incroyable, d’autant que c’est mon groupe préféré. Déja, j’étais très content de les voir en concert, et ce n’était pas gagné, vu qu’ils ne tournaient plus à cette épogue. Mais ouvrir pour eux tous les soirs, c’était impensable | J’habitais dans un petit appartement à Sacramento, et quand ils ont joué dans notre ville, ils ont tous débarqué chez moi, imagine le choc ! Je suis impatient de découvrir leur nouvel album que vient de produire Adam Yauch (MCA des Beastie Boys). Il aime les Bad Brains pour les mêmes raisons que nous, je pense. Il saura faire ressortir le meilleur d’eux-mêmes.J. : Il est old school, il sait comment ils doivent sonner.

Quant à Will Haven, vous avez fait une reprise des Bad Brains pour un album hommage il y a quelques années (« never Give In » : A Tribute to Bad Brains, 1999)…

C.: Ah oui ? Qu’est-ce que vous avez repris ?J.: The Regulator.

C.: Vraiment ? C’est le tribute avec Snapcase ? OK, je m’en souviens. (Dessus, il y a également des reprises par Moby, Vision od Disorder, Entombed, Downset, Shai Hulud, Cave In…)

J.: Oui, c’était sympa de participer à un tel projet.

Et les Beastie Boys, c’est une influence majeure pour vous deux?

C.: J’adore les Beastie Boys. C’est l’un des meilleurs groupes du monde. À chaque album, ils essaient d’innover. Ils ont démarré comme un groupe de punk assez ordinaire, puis ils ont joue avec des samples, ils ont intégré des instruments. J’aime bien leur dernier album « To the 5 Bouroughs » (2004), mais j’aime encore plus le prochain (« The Mix-up », sorti en juin 2007) que j’ai eu la chance d’écouter. Les instruments font leur retour. Pour info, sur leur prochaine tournée, a priori les Bad Brains devraient ouvrir pour eux.

Quel est votre disque préféré et votre chanson préférée de l’un et l’autre ?

C: Honnêtement, quand « El Diablo » est sorti (1997), j’ai pris une claque. Ce n’était plus seulement un groupe de potes, ou un groupe local, c’était un disque lourd, très énervé et direct. Aujourd’hui encore, le premier album de Will Haven reste mon préféré. Mes morceaux préférés sont Baseball Theory et I’ve Seen My Fate. Bref tous les morceaux qui ont des riffs qui crachent. J’espère que vous allez les jouer ce soir les gars ! Avec ce disque, on pouvait mettre ce petit groupe de Sacramento dans le même panier que des groupes majeurs comme Sepultura. Ce disque a eu un impact très fort sur les gens á l’époque. Ils ne s’attendaient pas à une telle puissance sonore !

Les deux groupes de copains que Deftones a pris en tournée ont marqué les esprits, que ce Soit Far ou Will Haven..·

C.: Ce sont les meilleurs groupes avec lesquels on a pu tourner. C’est d’ailleurs pour ça qu’on a repris Will Haven sur cette tournée. Et si demain Far venait à se reformer, on les prendrait également sur la tournée !

Même question pour toi, Jeff, ton album préfére de Deftones

J. : Je suis un fan de longue date, bien avant la sortie d’« Adrenaline ». J’ai toujours leur première démo, avec des chansons totalement différentes de celles qu’on trouve sur leur premier album. Ayant grandi à Sacramento, mes deux groupes préférés sont Far et Deftones, en plus d’être de bons amis. J’ai grandi avec eux, suivi leur parcours album après album. Leur musique va toujours de l’avant. Chaque disque est différent. Ils ont suivi la bonne voie, et ils sont là pour toujours, selon moi. C’est pour ça que Will Haven est encore là aujourd’hui, on a suivi notre modèle.

Un mois à peine avant la tournée européenne, en février dernier, on apprenait que Grady Avenell (chanteur de Will Haven) quittait le groupe, pour être remplacé par Jeff Jaworski (ex-Red Tape). En 2002, il avait déjà quitté le groupe qui avait alors splitté. Quelles sont les raisons de ce nouveau départ ?

J.: Oui, c’est une histoire assez bizarre. À l’époque, il avait quitté le groupe parce qu’il voulait faire quelque chose de différent, monter un autre groupe. Et puis, on s’est reformé en 2005, on a fait quelques concerts ensemble avec le line-up d’origine. On a même fait une tournée avec Crowbar en Angleterre. On a commencé à écrire de nouveaux morceaux. Un label voulait nous signer. Entre-temps, il a postulé un emploi…pour être shérif. Il ne pensait pas l’avoir, parce que c’est un job très difficile à décrocher. Mais ça a marché. Il devrait choisir entre son boulot et le groupe. Il a opté pour le boulot, parce qu’il a deux enfants, une femme, une maison… On ne gagne pas d’argent avec le groupe, c’est un peu comme des vacances. Il a fait ce qu’il avait à faire. Mais nous autres, on n’avait pas envie d’arrêter pour autant. On sait ce que l’on vaut. Si on avait récupéré un mauvais chanteur, on n’aurait pas pu continuer. Mais Jeff est excellent, et en plus, c’est un ami de longue date. Il a écouté les nouvelles chansons, et ça lui a plu. Chino est également venu nous donner un petit coup de main sur l’album.

C.: C’est un album très fort et massif. Quand j’ai écouté les premiers morceaux, je leur ai dit que je voulais absolument participer à ce disque. Ils sont venus chez moi à Los Angeles, on s’est installé dans le studio de Shawn de Far, qui habite juste derrière chez moi. Et on a enregistré pendant trois jours. Je suis parti en tournée, et ils ont terminé le disque. Je ne chante pas dessus, j’ai juste participé aux arrangements. Je n’ai pas fait grand-chose, finalement.J.: Il m’a aidé à trouver quelques idées pour les guitares. J’ai toujours été admiratif devant ce que Chino et Shawn ont accompli, et c’était très cool de les avoir tous les deux à nos côtés pour nous aider. On a fait du bon boulot je trouve, et en un temps record. Là, on vient de terminer les prises, le disque (« The Hierophant ») sortira en juin sur Bieler Bros Records.

Labels: Warner (Deftones) et Bieler Bros. Records (Will Haven)

 

WILL HAVEN – LA REFORMATION de 2005

Formé en 1995 à Sacramento, Will Haven gravera un premier EP éponyme l’anné suivante et trois albums coups-de-poing: « El Diablo » (1997), « WHVN »(1999) et « Carpe Diem » (2001), avant de tirer sa révérence en janvier 2002, leur chanteur Grady Avenell devant élever sa petite famille. Plusieurs projets voient le jour, dont Ghostride, jusqu’à la reformation tant attendue du groupe en octobre 2005. Will Haven enregistre des démos, et en février dernier, coup de théâtre : Grady quitte de nouveau le navire, juste avant la tournée avec Deftones. Et malgré les efforts du nouveau chanteur Jeff Jaworski (ex-Red tape et guitar tech de Jeff Irvin, dont il est question dans le morceau Jaworski), Will Haven sans Grady, cen’est plus tout à fait Will Haven…UPDATE 2026 : Grady a finalement réintégré Will Haven en 2009 pour une série de concerts de soutien à Chi Cheng, le bassiste de Deftones, victime d’un accident de la route qui l’a laissé dans le coma en 2008 (il est décédé en 2013, à 42 ans). Le groupe a sorti trois albums depuis: « Voir Dire » (2011), « Muerte » (2018) et « VII » (2023).

 

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