A l’heure du deuxième album, « Blow », celui de la révélation, le groupe bruxellois au nom de couteaux de Téléachat continue son cinéma. Rencontre avec John Stargasm, chanteur-pianiste et fondateur (affûté) de Ghinzu.
W : Sur scène, vous tournez pas mal aux instruments. Ça vient de vos parcours respectifs ?
John Stargasm : Quand quelqu’un décide de jouer d’un instrument, il le prend et les autres s’adaptent par rapport à ce qu’ils savent faire de mieux, selon les chansons. On a tous fait quelques pas dans la musique… Et on a tous des projets parallèles. Michaël a fait une quinzaine de groupes punk, new wave… Kris a un projet électro, Privatly, et il a également sorti deux albums en solo. Greg a un autre groupe de rock en français qui s’appelle Miel. Dans Ghinzu, il y a un métissage. Quand on joue, il y a une espèce de synergie, on va bien ensemble.
Parle-nous de « Blow », qui marque une vraie évolution par rapport à « Electronic Jacuzzi », votre premier album.
Greg a dit : « Le premier album me faisait penser à une forêt vierge, tandis que le second ressemble à un jardin… ». C’est assez bien dit. Dans le premier, il y avait déjà le style, varié sur la longueur, avec des ballades et des morceaux mur du son. Ce que l’on retrouve sur le deuxième, mais avec une intention plus précise et davantage de maturité, au niveau de la performance studio comme du mixage. On savait ce qu’on voulait.
Quelques mots sur le titre de l’album « Blow ? »…
En anglais, « to blow » peut être utilisé pour parler d’une brise de vent, du souffle d’une explosion ou d’un acte sexuel… C’est un mot qui est assez intéressant, parce qu’il appartient aux registres de prédilection du groupe: la douceur, la mélodie et le cul.

Le sexe est-il une composante essentielle du groupe?
On dit qu’on est un groupe de rock aussi parce qu’on n’a pas inventé les thèmes qu’on aborde. Maintenant, le rock n’est plus politique, c’est plutôt le rap qui a pris ce discours. On est dans une espèce de post-rébellion. Nous, on voudrait retourner à l’idée de cette musique qui parle d’une sorte de décadence, qui peut être sexuelle. Faire tout plus vite, plus intensément…
De quoi parle Jetsex par exemple ?
C’est l’histoire d’un mec qui monte avec sa copine dans un jumbo-jet. Ils font plein de trucs intéressants et décident de monter toujours plus haut… Dans la chanson suivante, Cockpit Inferno, ils sont montés tellement haut que, tout à coup, l’avion commence à trembler et finit par exploser. En fait, ils découvrent qu’en haut ce n’est pas le paradis, mais l’enfer. Le paradis, lui, est en bas,c’est l’idée. Il y a une chanson qui s’appelle Mine, c’est l’histoire d’un gars qui veut absolument s’approprier la femme de tous les mecs qu’il voit : « Tu as de belles chaussures, une belle voiture et une belle femme, mais elle est pour moi. »
Où allez-vous chercher des trucs pareils ?
On aime regarder des films, et dans nos chansons on aime avoir des images fortes. La personne qui s’implique dans les paroles peut voir défiler la scène. Il y a aussi une chanson qui s’appelle High Voltage Queen. La scène se passe au Ritz à Paris, où tout est clinquant. Là, il y a une femme qui fait un « streak ». Les « streakers » sont ces gens qui déboulent tout nus pendant les matchs de foot. Il y a même une fédération underground des streakers, ils sont sponsorisés pour mettre des messages sur leurs fesses, des trucs incroyables ! Donc on raconte l’histoire de cette femme qui est nue au Ritz sur quatre minutes, et on peut se l’imaginer…

Le ton de « Blow » reste assez ironique.
Un peu sarcastique, cynique, sexuel, vénéneux. Avec, en même temps, un peu de dérision. C’est clair que s’il y a de l’humour, c’est un humour cynique.
Vous avez donné l’an dernier un concert à Londres, avec vos compatriotes Sharko et Girls In Hawaii. Comment était-ce ?
Pour ce concert on a emmené nos fans, on est parti à 5 bus. Il y avait à peu près 100 Anglais et 200 Belges, c’était plein. C’était très snob de notre part, disons qu’on a suivi l’exemple de Céline Dion ou Johnny quand ils ont joué à Las Vegas ! (rires). Avec nos premiers groupes, on était sur des majors. Puis on a décidé d’avoir une démarche d’indépendants,et on peut faire des trucs comme ça. On voulait se faire plaisir : aller à Londres avec notre public, dans un super club en plus. On essaie de préserver l’idée que la musique reste un plaisir et non un boulot.
Les concerts, c’est ce qui vous plaît le plus ?
La force d’un groupe, ça reste le live. Être capable de restituer une sensation. Le rock, tu l’écoutes, et ensuite tu as l’impression que ta vie peut changer.
Benef.
« LE NIVEAU EN BELGIQUE EST BON »
« On a toujours baigné dans les musiques anglo-saxonnes, mais on n’a pas les mêmes moyens que les anglais. Là-bas, il est possible de préméditer un carton. Il y a une industrie pour ça qui n’existe pas vraiment en Belgique : la taille du marché ne permet pas ce genre de lancement.Si tu es belge et que tu écoutes un album américain, tu vas essayer de faire pareil avec les mêmes influences, mais le résultat sonnera différemment : ce serait ça, le son belge. Beaucoup d’argent a été investi sur un dEUS. Pour être connu, il faut investir, et là on pourra parler d’une scène. Quand les anglais investissent sur un groupe belge, c’est parce qu’il est meilleur, sinon ils ne le feraient pas. Pour l’heure, le niveau en Belgique est bon ».





1 thought on “GHINZU – « Blow renvoie à la douceur, la mélodie et le cul »”