27 May 2026
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H2O Epitaph press
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H2O, oui, comme la formule chimique de l’eau. Voilà un nom bien curieux pour un groupe de hardcore. Les New-Yorkais, capables de réconcilier les fans de hardcore et de punk-rock mélodique, étaient en France pour défendre leur second album « Thicker Than Water » (1997). Interview dans le tourbus et récit de leurs déambulations dans les rues de Pigalle suite à l’annulation de leur concert le jour même (interview réalisée en mai 1998). 

« Le nom H2O, c’était un truc-tout bête pour se démarquer des groupes straight edge old school qui ont toujours des noms compliqués, comme Spirit Of Youth, pour dire qu’ils ont une ligne de conduite. À la base, c’était plutôt une blague, parce qu’on se retrouvait à jouer dans des bars et des coffee shops, si tu vois ce que je veux dire… Mais avec le temps, le groupe est devenu sérieux et on a trouvé des explications plus subtiles : H2O peut aussi signifier Hard To Organize, mais ça, on y a pensé bien plus tard ».

Comme un âne

H2O, que vous prendrez bien soin de prononcer avec l’accent « etch-tou-oh », est un groupe attachant, plein d’humour, composé de cinq personnalités affirmées et complémentaires. Lors de sa formation fin 94, ils étaient quatre: Toby Morse au chant et son ami d’enfance Rusty Pistachio à la guitare, plus Eric Thrice (bassiste) et Max Capshaw (batteur). Toby se plaît à imprimer sur sa peau tout ce qu’il aime et tous ceux qu’il aime : « J’ai été roadie pour Sick Of It All pendant cing ans. Ça m’a permis de voyager en Europe notamment. Pour les rappels, j’ai commencé par chanter avec eux, en gueulant comme un âne! (rires). Le public lui réservant à chaque fois un accueil triomphal, les interventions de Toby sont rapidement devenues un rituel incontournable et attendu. Suite à la défection de sa première section rythmique, H20 a recruté deux ex-Outcrowd, Todd Friend (batterie) et Todd Morse (guitariste), le jeune frère de Toby. Et plus récemment, un ex-Shelter, Adam Blake, à la basse: « J’ai fait un passage dans Shelter sur l’album « Mantra » (1995) et en qualité de guitariste sur tout le Mantra Tour pendant près d’un an ». Considérant les innombrables changements de line-up du groupe « krishnacore » autour de Ray Cappo et Porcell, Adam ironise : « Tout le monde est passé un jour dans Shelter ! ».

Epitaph

Quand on demande à Toby de faire un point sur la discographie de H2O, il ne manque pas d’énumérer chaque démo, 45 tours, reprise et participation à diverses compilations, dont un surprenant hommage à The Smiths avec Heaven Knows I’m Miserable Now. À ce jour, H2O a publié deux albums, l’éponyme « H2O » (1996) et « Thicker Than Water » (1997), édité l’an dernier chez Epitaph (The Offspring, Bad Religion). « Notre distribution ne nous convenait plus. On bossait dur, on tournait de plus en plus avec de gros groupes et personne ne trouvait nos disques en magasin. Brett (Gurewitz, patron du label Epitaph) a écouté notre premier LP sorti sur BlackOut (Sheer Terror, Killing Time) et il était intéressé pour nous signer. Il a été guitariste de Bad Religion et Epitaph est une bonne maison qui connaît le punk-rock et la musique que l’on joue, pas comme une major qui te jette si les objectifs de vente ne sont pas atteints. Et puis c’est assez plaisant de se retrouver sur le même label que Descendents, Agnostic Front, Rancid et Pennywise ».

Sex Pistols à chier

Musicalement, H2O donne dans un hardcore mélodique plutôt old school, dans la veine de Gorilla Biscuits, Youth Of Today et Sick Of It All, le groupe ami pour lequel Toby voue un véritable culte. Côté influences, on passe facilement de la côte Est à la côte Ouest avec des groupes comme Dag Nasty, Ramones, 7 Seconds, Black Flag, Rancid, Mighty Mighty Bosstones… Sans oublier bien sûr les références britanniques Buzzcocks, Sex Pistols, The Clash… et même U2 ! Les reformations des vieilles gloires du punk et du hardcore sont à la mode, certaines sont plus réussies que d’autres. H2O salue d’ailleurs dans le livret de son album le retour sur le devant de la scène des Misfits, Descendents et autre Agnostic Front. « C’est génial ! Tellement de groupes ont essayé de les imiter sans leur arriver à la cheville. Si tu veux un bon disque de hardcore, achète n’importe quel LP d’Agnostic Front, tu es sûr de mettre dans le mille ! Leur dernier album “ Something’s Gotta Give ” est mortel, je suis impatient de les voir sur scène ! ». Un enthousiasme beaucoup plus contenu dès qu’on cite un autre groupe reformé récemment pour une tournée: les Sex Pistols. « C’est nul à chier ! Au moins, je les respecte pour avoir avoué d’emblée qu’ils l’ont fait pour le fric ! Mais ils ont baissé dans mon estime… J’ai grandi en écoutant leurs disques. C’est trop cynique un groupe qui se reforme juste pour tourner avec d’anciens titres. Ils radotent. D’accord, ça permet à des tas de gens de les voir enfin sur scène et au groupe de se faire un peu de fric, mais niveau création, tu ne dis rien de nouveau. C’est inutile ! ».

Hardcore

CBGB, Coney Island High ou Irvin Plaza, c’est dans les clubs (devenus) mythiques scène hardcore new-yorkaise que H2O a fait ses premières armes. « Curieusement, on ne se croise pas trop avec les autres groupes de New York. Tout le monde tourne en permanence, avec des emplois du temps différents. Récemment, on a participé à un festival organisé par John Joseph des Cro Mags (qui jouait dans Both Worlds en 98) au profit des sans-abris avec une trentaine de groupes hardcore. C’était bien de voir toute cette scène qui se bouge pour une bonne cause. Il y a plein de bons groupes très actifs à New York en ce moment, qui font des choses très différentes : Fahrenheit 451, Vision Of Disorder, Skarhead, Kill Your Idols, Indecision… Il y a aussi plein de gosses qui organisent des concerts, éditent des fanzines. Les jeunes sont les meilleurs, ils sont l’avenir ».

Comme MC Solaar

Quand on évoque la scène hardcore européenne, Toby cite Kickback, mais ça s’arrête là. D’origine anglaise, Adam Blake précise: « je crois que le hardcore européen n’a jamais trop décollé parce qu’il etait trop occupé à copier consciencieusement les Américains. Et c’est dommage, vous êtes si différents culturellement. Vous devriez en profiter. La plupart des groupes européens que j’ai entendus, à quelques exceptions près, sonnent souvent comme des clones, de pâles copies. Je suis persuadé que l’Europe peut faire une bien meilleure musique en se recentrant sur elle-même plutôt que sur les Etats-Unis. Chez vous, les gens sont plus sincères. Aux USA, les concerts hardcore sont si fréquents qu’on finit par être un peu blasés ». Pour appuyer son propos, Adam évoque MC Solaar dont il apprécie les textes. Selon lui, les lyrics du rappeur français collent à leur pays d’origine et reflètent la réalité dans laquelle ils sont ancrés. « Au niveau des textes de H2O, Rusty et moi essayons d’écrire des trucs personnels, raconte Toby Morse, c’est inévitable. C’est d’ailleurs l’une des bases du hardcore et du punk-rock : faire profiter ton public de tes expériences. Et puis ça aide les gens à s’identifier à toi, à comprendre que tu n’es pas si différent d’eux. On essaie aussi de décrire certaines émotions typiquement humaines. Ça peut aider certains à les évacuer ». Concernant les thèmes abordés, H2O puise donc dans son univers : la scène, les tournées, les amis, la vie, l’amour… Passer des messages, sans faire la leçon. D’ailleurs, le groupe est bâti sur la complémentarité de ses membres, et tous ne partagent pas forcément les mêmes convictions ni le même mode de vie. Par exemple, le fait que Toby soit vegan ne l’autorise en rien, selon lui, à demander au public de le suivre. C’est un choix personnel, tout comme la religion. Lors de leur visite à Paris, les membres d’H2O ont tenu à visiter le Sacré-Cœur, à Montmartre. Mais, même si Toby a la foi, il se refuse à toute introduction de références religieuses dans ses textes.

Mauvais Plan

Ils sont venus à Paris avec les Canadiens de Guy Smiley, mais sont repartis déçus de ne pas avoir pu y jouer. Leur concert prévu au Plan à Ris-Orangis le jeudi de l’Ascension ayant été annulé la veille. Ils ont cherché en vain un lieu pour jouer, coûte que coûte, quitte à s’incruster en special guest lors sur un concert. Pas simple, qui plus est un jour férié. Il faudra patienter encore un peu pour voir enfin  H2O libérer toute sa puissance.

 

Toby Morse / H2O
CC – George L. Koroneos

Update 2025

Voilà ma toute première interview publiée dans un magazine (Urban, 1998) avec les photos en couleur de leurs tatouages par Carole Epinette. A l’époque, je terminais mon stage au service promotion chez PIAS qui distribuait le label punk-rock Epitaph. J’avais calé quelques interviews avec la presse rock à l’occasion du passage de H2O au Plan à Ris-Orangis, le jeudi de l’Ascension. Mais la veille au soir, on apprenait l’annulation de la date. Le groupe avait donc un day off à Paris. Je leur ai proposé de garer les tourbus à Pigalle, l’un des rares quartier habitué à ce genre de véhicules. Après les interviews et la pizzeria du coin qui avait du mal à s’adapter à leurs demandes vegan, on a fait le tour du quartier, du Sacré-Coeur aux sex-shops ! Toute la journée, on a cherché en vain un plan pour les faire jouer, même gratuitement, vu qu’ils avaient tout leur matos.

Après leur troisième album « FTTW » (1999), les New-Yorkais ont signé en major. « Go » paraît en 2001 et H2O tourne de manière intensive sur le Warped Tour avec les cadors du moment, Blink-182, Good Charlotte… Todd Morse a rejoint le groupe de l’actrice Juliette Lewis & The Lick (2003-2008), puis il est devenu guitariste additionnel de The Offspring (2009-2019) avant de devenir leur nouveau bassiste (depuis 2019). Il a quitté H2O en 2015, quand le groupe a sorti son dernier album en date « Use Your Voice ». Depuis, H2O continue de tourner et Toby Morse anime depuis sa cuisine à Los Angeles le podcast One Life One Chance (déjà plus de 300 épisodes depuis 2009) dans lequel il reçoit ses amis et héros, skateurs, tatoueurs et musiciens bien sûr : Chino Moreno (Deftones), Travis Barker, Agnostic Front, Robert Trujillo (Metallica), Dennis Lyxzén de Refused, Nandi Bushell…

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