Pas nostalgique pour un sou, Izzy Stradlin parle librement des Guns N’Roses, qu’il a quittés en 1991 avant que le groupe n’éclate en plein vol. Loin de tout et surtout du business, Izzy prend à l’évidence plaisir à ce qu’il fait, à l’image de « River », un quatrième album rock aux couleurs reggae, blues et country. (interview réalisée le 5 avril 2001)
Où sont passés les « Ju Ju Hounds », le groupe que tu avais formé suite à ton départ des Guns ? Tu es désormais en solo ?
Je jouais avec les Ju Ju Hounds sur mon premier album solo. Sur le deuxième album, « 117 », j’ai changé de section rythmique, avec Duff McKagan de Guns N’Roses à la basse et Taz Bentley de Reverend Horton Heat à la batterie. On a perdu le nom du groupe à ce moment là. Depuis, je joue avec la même formation. Rick Richards (guitariste de The Georgia Satellites) et Ian McLagan (claviers des Faces et des Small Faces) sont toujours là. Sur « River », je reviens un peu au même son et aux idées que j’avais sur mon premier album.
Tu toujours considéré comme « Izzy Stradlin : le guitariste des Guns N’Roses » ? Est-ce que cela te dérange ?
C’est vrai que ça me colle à la peau, mais ça ne me dérange pas. C’est ce qui me permet de faire ce que je fais aujourd’hui. Si je n’avais pas joué dans Guns N’Roses, je pense que personne ne saurait qui je suis. Ou peut-être que cela me prendrait plus de temps pour leur montrer qui je suis. Pour moi les années 80, c’était une période totalement dingue…
Et quelles sont tes rapports avec les anciens membres du groupe, autres que Duff ?
J’ai gardé de très bons rapports avec un peu tout le monde. Il y a trois jours en venant à Londres, j’ai parlé à Slash. La veille, j’ai parlé à Duff qui vit à Seattle. Et j’ai vu Stevie aussi ! Steven Adler, notre batteur. Je l’ai revu pour la première fois depuis cinq ans, on a déjeuné ensemble la semaine dernière. Voilà pour les Guns’n’Roses. Le seul avec lequel on n’a plus aucun rapport, c’est ce putain de chanteur. Tous les deux ou trois ans, je prend mon téléphone, j’appelle le management de Guns N’Roses et je lui laisse un message : « Salut mec, c’est Izzy, je venais aux nouvelles, voici mon nouveau numéro, rappelle moi… ». Je n’ai jamais eu de nouvelles, il vit un peu dans son monde.
Tu as quitté le groupe juste après Steven… Avec le recul, tu penses avoir fait le bon choix au bon moment ?
Oui, il a du partir en 89/90, juste avant le double album « Use Your Illusion ». Moi je suis parti un an après lui, en 1991, après l’album et la tournée. Sinon, je crois que j’ai vraiment fait le bon choix à l’époque, j’en avais assez de tout ça…
Que penses-tu de la « reformation » des Guns N’Roses avec un nouveau line-up ? C’est presque un autre groupe, il aurait pu changer de nom…
Je ne connais même pas ces types ! Moi aussi je pense qu’il aurait dû changer de nom. Les gens vont certainement dire : « Qu’est-ce que c’est que ce truc, ce n’est pas Guns N’Roses ! ». Bien sûr, Axl était le chanteur des Guns, il en faisait partie, mais il y avait aussi quatre autres types avec lui ! C’est bizarre de le voir agir ainsi, mais ça ne me dérange pas plus que ça. On verra comment ça va se passer. Ce sera aux fans de décider et de dire ce qu’ils en pensent. Avec un peu de chance, il fera un bon album. J’irai l’acheter, juste pour voir comment ça sonne. Je sais qu’il a du potentiel, il est intelligent, c’est un bon chanteur, mais il met tellement de temps pour écrire quelques chansons. Ouais, j’écouterais son disque et je lui renverrais s’il n’est pas terrible !
Il paraît que Duff McKagan est le bassiste des Presidents Of The USA en concert ?
Oui, c’est vrai. Quand j’étais à Seattle pour travailler sur mon album, il m’a joué « I’m mad », une chanson de leur dernier album Freaked Out and Small. C’est génial, j’adore cette chanson et ce style de musique. Duff vit à Seattle maintenant, il a plein de projets dont un avec Mark Lanegan (ex-Screaming Trees). Sinon, il a décidé de retourner à l’école, et on va profiter de ses vacances cet été pour tourner en Europe.
Tu a le même line-up sur tes deux derniers albums, alors pourquoi ne pas donner un nom à ce groupe ?
J’ai bien pensé à Izzy, Rick, Duff & Taz. Ce serait pas mal. C’est vrai qu’il va falloir se trouver un nom, parce que j’ai travaillé avec les même types sur mes trois derniers albums. Oui, parce que l’an dernier on a sorti un album qui s’appelait « Ride On », mais il n’a pas été distribué en Europe. J’espère le rééditer ici prochainement.
Comment qualifierais-tu la musique que tu joues aujourd’hui ?
Je pense que c’est du rock’n’roll « basique ». Deux guitares électriques, une basse, et une batterie. Quatre instruments, sans compter le clavier. Du rock tout ce qu’il y a de plus basique. En même temps, on est capable de jouer du reggae ou du Motörhead. En fait, il y a un peu de tout dans notre musique. Mon guitariste, Rick Richards, joue de la guitare slide, il a ses racines dans la country et le blues. C’est mon guitariste préféré. Quand on mélange tout ça, on obtient du rock’n’roll teinté par tout un tas d’influences.
Comment composes-tu ?
Souvent, j’ai une guitare acoustique dans les mains et j’écoute mes vieux Rolling Stones, Aerosmith… Et là, j’ai un déclic, les idées me viennent par bribes, et je les enregistre sur un magnéto. Parfois, la chanson toute entière peut sortir. Mais on ne sait jamais quand. Lorsque j’étais en tournée au Japon, j’ai écrit trois chansons, dont deux en une nuit dans ma chambre d’hôtel à Osaka. Le secret, c’est d’avoir une bonne guitare acoustique. Parfois, tu peux être très inspiré, par tes voyages, les gens que tu rencontres, ce qui t’arrives, et c’est parti. Quand je manque d’inspiration, je fais autre chose, je monte sur ma moto… Le truc de Duff, c’est de courir, faire son jogging… Moi, c’est vraiment pas mon truc !
Quand tu as sorti ton second album « 117 », tu n’as pas fait de tournée, ni de promotion, pourquoi ?
J’étais dans une situation délicate avec mon ancien label, Geffen. J’étais mal à l’aise avec tout ça. Sur mes deux derniers albums, il n’y a que moi et mon groupe, et personne pour nous dire ce que l’on doit faire, notamment en matière de promo. Ca ne m’intéresse plus tout ça.
Et pour cet album, tu as prévu une tournée ?
Oui, j’espère pourvoir venir cet été en Europe et au Japon, et peut-être une semaine aux Etats-Unis, on verra. J’aime bien jouer dans des villes comme New York, Chicago, mais sinon je préfère jouer en Europe et au Japon, c’est là que sont nos fans. Et puis la nourriture est meilleure, les distances sont plus courtes…
Izzy Stradlin « River »

