C’est l’album du renouveau! Celui que l’on attendait. Si « Against », préparé dans l’urgence, en avait laissé plus d’un sceptique sur les orientations musicales de Sepultura, « Nation » devrait rassurer les vieux fans du groupe de metal brésilien. II y a bien une vie « après Max ». Le nouveau chanteur Derrick Green a enfin pris ses marques, et fait plus que jamais partie intégrante du groupe. Sepultura continue donc son exploration musicale et concentre toute son énergie et ses idées autour d’un même concept, celui d’une Nation certes un peu utopique, mais tellement idyllique, sans frontières et sans guerres. Enregistrés chez eux au Brésil, pour la première fois depuis « Beneath the Remains », et mis en boîte par Steve Evetts (Earth Crisis, Hatebreed), les 15 titres de « Nation » démontrent que Sepultura reste, quoi qu’il arrive, une valeur sûre du metal. A noter la participation de quelques invités de renom, dont l’ex-leader des Dead Kennedys, Jello Biafra, Dr Israel, Jamey Jasta de Hatebreed, et le quatuor à cordes finnois Apocalyptica. Interview avec Andreas Kisser (guitare) et Paolo Jr. (basse).
Quelle était l’ambiance au moment de enregistrement de ce nouvel album « Nation » (Roadrunner) ?
Andreas Kisser : Elle était bien meilleure que pour « Against », qui correspond à une période assez confuse et turbulente pour nous. C’est un album que l’on a sorti pour conserver l’unité de Sepultura. Quand Max Cavalera a quitté le groupe, on a continué en trio jusqu’à l’arrivée de Derrick Green. On a pris un nouveau manager aussi. On est très contents d’avoir rencontré Derrick, la réponse du public et des médias a été très positive partout où l’on est passés. Maintenant, je pense que Derrick est plus impliqué dans le groupe, il est mieux intégré musicalement et humainement. On est dans une situation beaucoup plus confortable à présent. On a donc pris beaucoup de plaisir à enregistrer cet album.
A propos de Nation, peut-on parler de concept-album ?
AK: Oui, c’est la première fois que l’on fait un concept-album. Il s’agit de créer cette nation utopique qui n’existe pas encore. Une nation sans frontières, sans guerres, sans armes, avec une liberté de croyances religieuses et autres. C’est un concept très riche visuellement et musicalement. Cela nous a permis d’orienter notre musique dans une seule direction.
Tous les titres tournent autour de cette idée de Nation utopique ?
AK: Exactement, tous les titres sont liés d’une manière ou d’une autre à cette idée de Nation. Politricks parle des politiciens et de la façon dont ils gouvernent. Border Wars parle de la suppression des frontières pour vivre libre. Chaque chanson montre un peu ce que cette Nation pourrait être.
Et certains des titres sont en portuguais, comme Uma Cura…
AK: L’idée de départ, c’était que Derrick chante toute la chanson en portugais, mais il a encore besoin d’un peu de temps pour se perfectionner ! (rires). Aujourd’hui il parle plutôt bien portugais, mais pas assez bien pour chanter, ça va beaucoup trop vite ! On a gardé que les titres des morceaux et quelques refrains en portugais.
Et j’ai entendu dire qu’il parlait également allemand?
AK: Oui, parce que sa petite amie venait de Berlin. Mais son allemand est pire que son portugais ! (rires)
Vous avez introduit des citations d’hommes et de femmes célèbres dans vos textes : de qui s’agit-il et pourquoi ?
AK: Je pense que le message et l’héritage laissés par ces gens ont influencé l’orientation de cette Nation. Des gens importants avec des messages simples mais très forts. Gandhi, le Dalaï-Lama, Mère Térésa. Des gens qui se sont battus avec des mots, avec intelligence, pour vivre libres dans leurs pays, pour partager leurs idées. Voilà de quoi parle cette Nation, de respect.
Sur cet album, vous avez fait appel à beaucoup d’invités plus ou moins connus. Quelques mots sur eux?
Paolo Jr : Les moins connus sont en fait des amis du Brésil. Il y a aussi Jello Biafra (ex-Dead Kennedys) avec qui on avait déjà joué sur scène. C’était la personne idéale pour parler de politique, de par sa personnalité, ses idées, sa voix et ses mots. II y a Jamey Jasta de Hatebreed, un groupe hardcore que l’on apprécie beaucoup. On a eu la chance de jouer avec eux sur la tournée Tattoo The Earth. Il était monté sur scène pour chanter Arise avec nous. II connaissait bien notre producteur Steve Evetts pour avoir travaillé avec lui par le passé, et il l’a supplié de participer à ce disque. On a fini par l’inviter ! (rires)
Sur le dernier titre Valtio, il y a aussi Apocalytica qui avait fait des reprises de Sepultura au violoncelle. Qu’en aviez vous pensé ?
PJ: II ont repris Inquisition Symphony et Refuse/ Resist, c’est comme ça qu’on les a connus. Après un concert en Finlande, Eicca est venu trouver Andreas. II lui a tendu un CD, il lui a dit qu’il faisait partie d’un groupe de violoncellistes, et qu’ils avaient repris certains de nos morceaux. On a été très surpris par leur son qui est très lourd. Plus tard, on les a retrouvés en Allemagne, et on a envisagé de faire quelque chose ensemble dans le futur. Et là c’était le moment. Andreas avait une idée de riff à la guitare acoustique. On leur a envoyé en Finlande en leur demandant de développer le morceau. On adore le son de ce morceau.
Vous avez enregistré cet album au Brésil. Est-ce pour vous une manière de revenir à vos racines, comme à l’époque de Roots?
AK: On aime revenir au Brésil. C’est naturel. C’est notre pays. On s’y sent bien et en confiance. On revient près de nos familles, du football, de la bière, et de toutes les bonnes choses ! On préfère travailler dans cet environnement. C’était bien de pouvoir rester à Sao Paulo pour écrire et enregistrer.
Vous avez parlé du producteur Steve Evetts, plus connu pour son travail avec des groupes de hardcore. Pourquoi lui?
AK : Steve Evetts a produit les albums de Hatebreed, Snapcase, Sick Of It All, Earth Crisis… Pas mal de bonnes choses en fait et à chaque fois il a réussi à capter l’esprit du groupe. Il est venu au Brésil faire la pré-production et surtout pour aider Derrick à avoir plus confiance en lui. On a eu un très bon contact avec lui et on a décidé qu’il serait le producteur de l’album tout entier. C’est un personnage-clé de « Nation ».
