Avec son nouveau projet baptisé « Beyond Cyberpunk », l’ex-guitariste du MC5, Wayne Kramer propose une définition élargie du mot « punk », lui redonnant finalement tout son sens. Derrière la console ou avec sa guitare, Wayne Kramer a participé activement à l’élaboration de cette compilation pour laquelle des légendes (Dee Dee Ramone, Ron Asheton des Stooges, Chris Spedding) côtoient des groupes plus actuels (Downset, Mudhoney). « Beyond Cyberpunk » est une sorte de passerelle entre le punk d’hier, d’aujourd’hui et de demain, d’autant que le disque trouve une extension via Internet qui, selon Wayne Kramer, ne représente pas un danger pour les artistes, bien au contraire… (interview réalisée en septembre 2001)
CYBERPUNK
Peux-tu m’expliquer le concept qu’il y a derrière cette compilation ?
Avec « Beyond Cyberpunk », j’ai essayé d’élargir la définition du mot « punk ». Cela va bien au-delà du style californien que l’on connaît aujourd’hui. « Punk », c’est avant tout un état d’esprit. Pour moi, c’est un effort que l’on fait pour grandir, proposer quelque chose de nouveau. J’ai sélectionné sur ce disque des groupes et des artistes qui selon moi ont toujours été punk, aujourd’hui encore. Je veux repousser les frontières. Je voulais faire un album qui montre qu’une ballade peut être punk. Ce n’est pas une question de style, mais bien une façon d’être.
Présente-moi les groupes que tu as retenus sur ce disque ?
Certains sont des amis, d’autres sont des artistes que je voulais mettre en avant. D’autres encore sont des groupes que l’on m’a recommandés et que je ne connaissais pas, mais dont le morceaux correspondaient bien à l’esprit du disque. Par exemple, je ne connaissais pas Mudhoney avant que l’on enregistre un titre ensemble. Pere Ubu, ce sont de vieux amis. Je ne suis pas si proche de Dee Dee Ramone ou de Richard Hell, mais on se connaît depuis très longtemps. Je voulais des gens ont toujours fait du bon boulot. Je voulais absolument sortir un titre de Ron Asheton car je suis l’un de ses plus grands fans ! On est de vieux potes, on se connaît depuis plus de 30 ans !
Sur ce disques, il y a des artistes qui ont joué dans des groupes punk de légende et des groupes plus récents, alors peut-on dire que ce disque est un lien entre ce que le punk était, ce qu’il est, et ce qu’il sera ?
Je ne l’aurais pas mieux dit moi-même ! Tu l’as très bien dit ! Tu peux te paraphraser ?! (rires)

INTERNET
Quelques mots sur le titre ? La lecture du livret donne l’impression que ce disque célèbre l’ère de l’internet, et que c’est une réaction à l’industrie du disque qui ne s’intéresse qu’aux profits ?
La société avec laquelle j’ai sorti ce disque était à l’origine dans le domaine d’internet. L’idée de base, c’était de tout mettre sur le net. Mais il est difficile de gagner de l’argent sur le net quand on n’est pas sur le marché du porno !
A propos d’internet, en es-tu un utilisateur de Napster et autres plateformes de Peer To Peer ?
Dans l’ensemble, j’étais pour Napster (le pionnier du partage de fichiers a dû fermer après deux ans d’activité en juillet 2001). Écouter de la musique devrait être gratuit. Je n’ai pas vu Napster comme un danger pour mes revenus, contrairement aux grandes maisons de disques qui avaient peur pour les millions qu’elles se font chaque jour. Je pense au contraire que c’est un moyen pour les gens de découvrir des artistes. Des études ont montré que lorsque les mômes téléchargent une chanson qu’ils aiment, ils vont acheter l’album. J’ai entendu dire que le dernier album de The Offspring « Conspiracy of one » a été téléchargé 10 millions de fois et qu’ils ont vendu 3 millions de disques. Ce n’est pas si mal ! Les membres de Metallica sont multi-millionnaires… De combien d’argent ont-ils besoin ? Laissons les kids écouter la musique librement !
Mais pour les groupes indés qui vendent moins de disques, cela représente peut-être un danger ?
Pas du tout. Moi je veux que les gens téléchargent ma musique gratuitement, qu’il y aient accès facilement. Je veux que davantage de gens écoutent la musique de Wayne Kramer Lorsque je viendrai jouer dans leur ville, ils viendront me voir. Quand je sortirai un album, ils l’écouteront. En rendant difficile l’accès à ma musique, je risque d’être le seul à l’écouter !
Internet n’est pas un danger pour toi, mais un outil de promotion ?
Internet est un outil de communication. Cela crée des petites communautés à travers le monde. Si tu vis au fin fond de la Russie, tu peux trouver sur le net tout ce qui se passe en matière de musique dans le monde.
Dans le livret, un code secret donne accès à une extension internet du disque. Qu’y a-t-il sur ce site privé ?
On y trouve pas mal de chansons inédites enregistrées pour le disque, mais qui n’y figurent pas par manque de place. Mais ce sont de bonnes chansons. Il y a un groupe de Los Angeles qui s’appelle UXA avec un morceau reggae Viva Zapatista, John Doe aussi… Ce que j’ai essayé de faire, c’est d’utiliser l’extension commerciale « .com » et de lui donner une valeur culturelle…
Le disque est une clé pour avoir accès à d’autres titres ?
Oui, le CD est là pour porter le message.
PROJETS
Revenons à ce projet « Beyond Cyberpunk ». Un volume 2 est-il prévu ?
Oui, je pense. On va bientôt avoir assez de nouveaux titres pour un second volume. Et puis il y a pas mal de jeunes groupes avec lesquels j’aimerais travailler, comme les Bellrays. C’est un groupe de rock’n’roll très puissant avec une chanteuse black qui est selon moi la réincarnation de Rob Tyner… Son esprit a pris place dans le corps d’une chanteuse black !
« Beyond Cyberpunk » sort sur ton propre label ?
Oui, il s’appelle Muscle Tone. Ce disque est notre première sortie, on a fait une joint venture avec Music Blitz.
Travailles-tu sur ton prochain album solo?
Là je viens de finir un disque que j’ai écrit avec Brian James (ex-guitariste de The Damned) et enregistré avec Stewart Copeland (ex-The Police), Duff McKagan(Guns’n’Roses) et Clem Burke (Blondie)… On l’a appelé Mad For The Racket (ou The Racketeers). Sinon je travaille effectivement sur mon prochain album solo. J’ai fini d’écrire tous les morceaux, à présent je dois sortir de mon studio et travailler avec d’autres musiciens. J’ai besoin de m’aérer un peu l’esprit !(rires). Je vais aller en Suède pour produire quelques titres du prochain album des Hellacopters, puis je pense partir en tournée au printemps 2002.
Un dernier mot ?
Ce disque est un message qui vient de l’underground. Il dit que c’est mieux d’être différent. Parfois, tu peux transgresser les règles, et les choses vont mieux que tu ne pouvais l’imaginer.
Wayne Kramer presents Beyond Cyberpunk (Music Blitz/ Roadrunner)

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