27 May 2026
Home » JOE STRUMMER – « On reprend du Clash en y mettant l’esprit des Mescaleros »
Joe-Strummer-002-The-Mescaleros

Joe Strummer & The Mescaleros © Josh Cheuse

1 0

Fin 99, après plus de onze ans de silence radio, l’ex-leader de The Clash refaisait surface à la tête d’un nouveau groupe, The Mescaleros, mélangeant tout un tas d’influences au rock. Eté 2001, il remettait le couvert avec un deuxième album, « Global A Go-Go », qu’il était venu défendre sur la scène de l’Elysée-Montmartre à l’automne. Petite interview à la volée avec Monsieur Joe Strummer dans sa loge, toujours caustique après un concert de plus de deux heures, alternant nouveaux titres, chansons du Clash, et reprises (Specials, Ramones). Prévue le samedi, puis le dimanche, et enfin le lundi à 18h, l’interview aura finalement lieu à 23h30… Joe vient de signer à tour de bras les photos, disques et billets de concert qu’ont apporté la quarantaine de fans qui squattent sa loge. Visiblement, il aime beaucoup cette ambiance, et n’a pas envie de s’y soustraire… (interview réalisée le 26 novembre 2001, dans les loges de l’Elysée-Montmartre, Paris). Un an après (22 décembre 2002), on apprenait la disparition de Joe Strummer. Il avait 50 ans.

Tu ne préfères pas te poser dans la pièce à côté ?

Non, on est bien ici. Il faut que je me roule une cigarette. Tu n’as qu’à tenir le micro quand tu me poses tes questions et tu me le passes quand je dois répondre, comme si on faisait une interview radio, comme un commentateur de match de foot. Alors, quelles sont les questions ?

Tu as sorti deux albums en moins de deux ans, alors que tu n’avais rien sorti de puis ces 10 dernières années. Comment expliques-tu ce regain de productivité ?

Pendant 11 ans même ! La difficulté, ce n’est pas tant l’écriture des morceaux, c’est surtout de trouver les bonnes personnes avec lesquelles on est capable de travailler. Dans mon cas, je recherchais surtout des gens avec qui je pourrais écrire. Si on a réussi à enregistrer ces deux albums, c’est que les choses vont bien maintenant. Je ne sais pas trop pourquoi, ou comment, mais ça va de mieux en mieux. Pendant ce « trou » qui a duré plus de dix ans, je n’ai réussi à trouver personne, parce que j’étais trop connu. Tu vois ce que je veux dire : « ah voilà ce trou du cul, qu’il aille se faire foutre ! ». Et dix ans plus tard, c’est plutôt : « hey, aidons ce type qui revient de nulle part ! ». On se retrouve au même niveau. Dans un sens, je pense que tout cela était nécessaire…

Pendant 10 ans tu n’a trouvé personne, tu leur faisais peur ?

Oui, j’étais isolé. Tu vis dans une bulle, tu ne peux pas être leur égal. Donc c’est bien d’avoir attendu tout ce temps que la gloire disparaisse… Bye bye…

Tu penses que cette gloire a disparue aujourd’hui ?

Oui. The Clash était un grand groupe, avec des jeunes de notre génération qui nous suivaient, on remplissait des stades de 100.000 personnes.

Parles-nous de ton nouveau groupe, The Mescaleros. Pourquoi ce nom ?

C’est idiot ! Je regardais un Western, je crois que c’était Foot Brother avec William Holden, un vieux film en noir et blanc de 1958-59, où ils disent : « let’s get out of here, this is Mescalero country ! ». Là je me suis dit : « oui, c’est ça notre nom ! ». C’est exotique, ça n’a rien de britannique! Il faut redonner quelques couleurs dans cette vieille Angleterre, parce que cela ne ressemble pas trop à Cuba !

Il y a de nouveaux membres dans le groupe…

Oui, deux : à la batterie et à la basse. Sur l’album, Scott assurait plusieurs instruments dont la batterie et la basse. Pour la tournée, on a recruté deux nouveaux musiciens, mais ils sont bien meilleurs qu’on s’y attendait, alors on les garde dans le groupe ! Luke Bullen à la batterie et Simon Stafford à la basse.

Dans le groupe il y a également un de tes amis de longue date, bien avant les Clash…

Tymon Dogg. Oui, on jouait ensemble dans les rues de Paris, dans le quartier latin. On dormait sur les bancs dans les jardins. On se faisait chasser par les flics. On a aussi joué dans le métro, mais c’est vraiment dans le quartier latin qu’on arrivait à gagner suffisamment d’argent pour rentrer chez nous en bus et en bateau.

Parle nous du titre de ton dernier album…

« Global A Go-Go », c’est le titre d’une chanson. Je trouve que ça ne correspond bien au disque. Je voulais un titre plus glamour, qui incite les gens à acheter cet album, qui le rende plus intéressant…

Sur cette chanson, il y a d’ailleurs un invité de marque, Roger Daltrey, le chanteur des Who. Il y a une histoire qui dit que vous l’avez « forcé » à chanter…

Oui, qu’on l’a kidnappé ! Non, la vérité c’est qu’on avait un sac rempli d’herbe ! C’est très efficace… Il est venu dans l’Ouest du pays, là où je vis, et c’est une région où l’on fait du cidre. Je crois qu’on lui a donné une grosse « cigarette » roulée… Il est venu au studio, et il se marrait tout le temps.

Tu as signé sur le label Hellcat Records (US Bombs, Transplants, Dropkick Murphys)…

Oui, merci à Dieu pour ça.

Quels sont tes liens avec son patron Tim Armstrong et Lars Frederiksen (Rancid) qui sont de grands fans des Clash ?

J’ai vu Lars il y a un mois de ça, à San Francisco. Ce sont des punk-rockeurs, on fait partie du même mouvement, on a fait des albums qui s’inscrivaient là dedans. Je suis heureux qu’ils ait réussi à monter leur label. Brett (Gurewitz, guitariste de Bad Religion) les a signés sur Epitaph, et eux ils ont monté Hellcat. Je suis content d’être sur ce label, je ne voulais plus signer sur une major. Imagine, pendant des années j’ai été sous contrat avec Columbia, qui a été rachetée par Sony. C’est bon de pouvoir changer… d’immeuble, de ne plus aller au 59ème étage pour entendre une bande de connards te dire : « voilà de quoi tu as besoin : une cornemuse ! ».

Là vous êtes plus libres…

Oui, parce qu’on sait ce qu’ils font, et ils le savent. Les choses sont claires dès le départ, ils n’essaient pas de nous entuber.

Sachant qu’ils produisent la plupart des groupes signés sur leur label, t’ont ils proposé de produire le tien ?

On fait tout nous même, et ils le savent bien. En fait, on leur a envoyé quelques titres, les meilleurs, et ils ont beaucoup aimé le son. Ils nous ont simplement dit : « continuez ! ». Je savais qu’on en était capable…

Tu as dédié cet album à Michael Horowitz, Nina Simone et Joey Ramone, quelques mots sur ces gens-là ?

Michael Horowitz a invité Alan Ginsberg au Royal Albert Hall. C’était en 1965, une date importante pour l’Angleterre. Il y a organisé The Poetry Olympics au Royal Albert Hall. Ce jour-là, l’underground a démarré. Tout le monde s’est rencontré. Personne n’y croyait, le Royal Albert Hall était plein de types bizarres, de cinglés, de drogués. Les « swinging sixties » ont commencé cette nuit là…

Tu en parles comme si tu y étais ?

Non, à l’époque j’étudiais les mathématiques quelque part ! (rires)

 Et Nina Simone ?

C’est juste que je l’écoute tout le temps.

Enfin Joey Ramone (décédé à 50 ans le 15 avril 2001). Tu lui a rendu hommage sur scène…

Oui, il vient de nous quitter… On fait une reprise des Ramones sur scène. On a commencé à New York le 10 octobre dernier.

Vous faites également d’autres reprises reggae, ska et rock steady : Toots & the Maytals, The Specials, Jimmy Cliff…

Ca c’est l’idée de Scott. On fait ces chansons, parce que je laisse les musiciens du groupe s’exprimer. On peut aussi faire des reprises de The Clash, en y mettant l’esprit de ce groupe, nos arrangements… Ce n’est pas quelque chose de si précieux. Pas comme ce type au premier rang qui réclamait ses chansons favorites, il peut aller se faire voir.

A propos des Clash, tout le monde te demande si une reformation est possible. A ce sujet tu as déclaré ironiquement dans la presse que vous vous reformerez quand vous aurez 78 ans comme le Buena Vista Social Club, et que Wim Wenders viendra vous filmer…

Oui c’est ça, mais on jouera deux fois plus vite ! D’ailleurs, Wim Wenders m’a déjà contacté. Il m’a dit qu’il était partant ! C’était une blague, mais là ça devient sérieux ! C’est une bonne idée je trouve.

Aujourd’hui, avec deux albums en poche, tu joues de moins en moins de chansons de The Clash…

Oui, on fait un mélange entre les deux répertoires. Chaque soir on joue des chansons différentes, parfois des chansons que l’on ne jouait même pas avec The Clash, mais qui sont de bonnes chansons comme Revolution Rock.

Es-tu surpris par la réponse du public qui est aussi enthousiaste sur tes nouvelles chansons comme Johnny Appleseed, que sur celles des Clash ?

C’est vrai que je suis assez surpris. Partout dans le monde, ça a été le cas.

Y a-t-il des chansons de The Clash que tu ne veux plus jouer ?

Oui, London Calling. On la jouera peut-être un jour. Mais j’en ai marre de la jouer. Et puis c’est bon pour la musique. Après un petit break, tu reprends plaisir à la jouer. On a fait pareil avec Rock The Casbah. J’ai envie d’avoir un répertoire assez vaste pour piocher dedans.

Et qu’en est-il de I’m so bored with USA ? Tu ne la joue pas à cause du contexte actuel ?

Non, j’aimerais bien jouer cette chanson, mais on ne se rappelle plus des accords. Je sais qu’il n’y a que trois accords, mais lesquels ? (rires)

Quel est ton regard sur les jeunes groupes de punk-rock actuels ?

Honnêtement, quand tu es sur la route, tu n’as pas le temps de suivre ce qui se fait. La semaine dernière on a joué au Japon. On n’a eu le temps de rien voir. Et puis, quand tu es en tournée, tu n’as pas envie d’écouter quoi que ce soit. C’est trop. Tu gardes toute ton énergie pour le show. Ce qui revient souvent, c’est nos vieilles cassettes de reggae. Sinon, j’aime bien The Strokes et The White Stripes. J’ai vu les Strokes en concert, ils étaient excellents !

Un dernier mot pour les fans ?

Oui, je crois qu’il est temps de soutenir l’underground et les groupes locaux. C’est le moment d’écouter tous les styles de musique. On peut écouter de la techno le lundi , du rock alternatif le mardi, du speed garage le mercredi et ainsi de suite… J’aime penser qu’il puisse y avoir plus de passerelles encore entre ces différentes scènes. En Angleterre, les types qui écoutent de la house, n’écoutent que ça, il n’y a pas de « melting pot ». Tout est cloisonné. C’est comme une religion. On essaie de mélanger tout ça.

1 thought on “JOE STRUMMER – « On reprend du Clash en y mettant l’esprit des Mescaleros »

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *